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APPEL A CONTRIBUTION :

Argumentaire sur la Montagne

  version arabe

Insaniyat propose un numéro de sa publication consacré à la montagne maghrébine et à ses transformations récentes. Ce dernier devrait apporter un regard nouveau sur cet espace, ses hommes et son cadre de vie émergent. En fin de compte, la crise qui caractérise la société et l'économie algériennes, mais aussi maghrébines en a fait un espace de repli pour de nombreux jeunes diplômés nés en ville et pour des cadres mutés dans le contexte de leur service. L'installation dans l'espace montagneux, zones de ressources limitées, de vie difficile et d'émigration, apparaît pour ces ‘néo-ruraux' dans la force de l'âge, comme une action visant à réconcilier la montagne avec ses enfants qu'elle n'arrivait pas jadis, à retenir.

Cependant, si les montagnes font partie intégrante de l'oekoumène, leur occupation n'est pas un fait généralisé. Les plaines sont les zones d'habitat privilégié dans de nombreuses contrées, mais pas toujours au Maghreb où le peuplement de la montagne est ancien et où, fréquemment, les densités sont localement supérieures à celles de la plaine voisine ; d'ailleurs les recensements de population ont traduit cette réalité. Ainsi, le dénombrement de 1896 dessinait, en Algérie, une géographie où les densités les plus élevées se superposaient aux zones de montagne. Aujourd'hui encore, plus de 20% de la population algérienne totale, réside dans la montagne ; le Rif marocain est également une zone à forte concentration humaine et ce, malgré les diverses conditions économiques, sociales et politiques défavorables.

Une lecture plus fine des densités humaines dans la montagne révèle cependant une occupation différenciée de l'espace. Elevées en Kabylie ou dans le pays rifain, voire en Kroumirie, faibles dans les Aurès ou dans l'Atlas, moyennes dans bien des secteurs du Tell, elles traduisent des modes de mise en valeur agricole traditionnelle et d'appropriation foncières privées que les sociétés locales ont pratiqués au cours de l'histoire du Maghreb.

En tant que champ d'exploration scientifique, la montagne a émergé pendant la renaissance, véritable ère des découvertes scientifiques, qui l'a consacrée comme un sujet digne de l'intérêt des savants. Ses caractéristiques naturelles, ses ressources et ses richesses constituent un ensemble d'arguments militant en sa faveur en tant qu'objet de recherche. Les ingénieurs des Ponts et chaussées français ont été les premiers à poser le jalon d'une construction scientifique moderne de l'objet montagne.

Si l'Europe a pu depuis produire un volume considérable de connaissances sur cet objet et construire un savoir scientifique conséquent, en Algérie et au Maghreb, en revanche, la production scientifique demeure relativement modeste. Pourtant, la montagne est cet espace réceptacle de ce que M. Mammeri appelle Tamusni (savoir).

La méconnaissance et l'ignorance d'un espace porteur d'histoire et de sociétés anciennes, marquant les paysages des territoires maghrébins, sont manifestes dans les différentes politiques d'aménagement du territoire. La première loi algérienne qui y fait référence date de 1987, le reconnaît comme un espace spécifique, mais sans que des outils d'aménagement appropriés lui soient définis ; il en est de même pour les instruments de lecture et de mesure, qui montrent leur limite lorsqu'il s'agit de rendre compte de l'état des lieux de cet espace (répartition de la population, habitat rural, systèmes de culture, migrations, histoire locale, culture, représentations sociales, savoir-faire...).

L'appel à publication concerne toutes les disciplines des sciences sociales à travers ce thème transversal : l'histoire comme la géographie, la sociologie comme l'anthropologie, l'économie comme la psychologie, la littérature comme la politique… Môles de peuplement ancien, les montagnes maghrébines gardent certes, des permanences vivaces (appropriation privée du sol, savoir-faire agricole, liens solidaires, pratiques religieuses, comportements culturels, oralité, etc.), mais dans l'ensemble, les habitants des montagnes maghrébines se façonnent aujourd'hui une autre vie, faite de mutations économiques, sociales, relationnelles, ouvertes sur les plaines et les villes, voire le monde.

 

P/ Le comité de rédaction
Nadia
MESSACI et Hosni BOUKERZAZA

Mails: ‘insaniyat@crasc.dz' & ‘ insaniyat@crasc.org '

Dépôt des textes : 02 Novembre 2008.

 

 



 
 

 

 

 
 
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